Un prince noir pas très clair

Démontage d’un prince noir imaginaire
(parce que ça commence à bien faire)
et photos du (vrai) Prince Noir par Alain Ernoult © 1989

le prince noir

Et voilà donc que quelques vingt ans plus tard, P. qui peinait à se faire un nom et une crédibilité dans le monde de la moto débarquait fort à propos, avec cette révélation : le Prince Noir, c’était lui.
Sans aucun début de commencement de preuve de ce qu’il avançait… mais avec un discours incroyablement fumeux censé noyer l’absence de preuves et de témoins.

Pour comprendre la personnalité et les motivations de P. et ce qui l’a amené à cette envie délirante d’être le Prince Noir, la lecture de son site, et de ses « mémoires » (tomes 1 et 2 !) éditées en pdf par lui-même, sont très utiles.
On y découvre un personnage incroyablement imbu de lui-même, mégalomane, parlant volontiers de lui à la 3ème personne, mais dont les moyens ne sont pas à la hauteur de ses ambitions. En outre, on y lit des faits que Google d’une part, et une mémoire de motard des années 80-90 d’autre part, peuvent aussitôt contredire. On lit des mises en scènes mal ficelées, des bobards éhontés, des inventions comiques, et des tranches de vie très largement romancées (de son propre aveu). Et j’en passe… il y a du lourd.
On comprend un terrible manque de reconnaissance, et un besoin insatiable de visibilité. Assortis d’un probable complexe d’infériorité : ça n’a pas dû être simple, quand on est monsieur P. d’avoir un frère qui prend toute la lumière, un authentique sombre héros, idéologue respecté, cultivé, brillant, ayant payé d’une très longue peine de réclusion criminelle et de handicaps dramatiques le prix de ses convictions et de son engagement. P. affirme d’ailleurs avoir rompu avec sa famille. Interrogé sur son frère il osera à son propos la remarque la plus inappropriée qui soit : « c’est de la frime ». Venant de lui, ça prête à sourire…

Mais qu’importe cet indigeste mélange de jalousie et de fascination à l’endroit du frangin. Rien ne justifie l’imposture Prince Noir. Faut pas endosser des costards trop grands. C’est pas bien de toucher aux légendes.

le prince noir
P. se dit discret et modeste, et souhaite « oublier » et « ne plus parler de cette époque ».
C’est pourtant lui qui en 2011 contacte des reporters hollandais pour leur caser ce prince noir dans un petit reportage qui servira d’amorce à d’autres médias moto et forums pour faire circuler l’information. C’est également lui qui s’occupe de faire publier ce reportage sur un ► site québécois (!) ◄ confidentiel où il est pigiste occasionnel.
La version selon laquelle des journalistes hollandais (!) auraient mené leur propre enquête pour arriver jusqu’à lui ne tient évidemment pas la route. P. est à la fois l’inventeur, la source, le sujet, et le diffuseur de l’info selon laquelle il est le Prince Noir.
C’est encore lui qui, lors d’une expo, commente cette fameuse vidéo de 1989 comme étant l’illustration d’un art de vivre motard d’alors. Foutaises. Cette vidéo montre une performance personnelle et rien d’autre. Mais puisqu’il faut parler d’art, et puisqu’il s’agit de sa performance, P. ose, dans cet interview complètement à coté de la plaque, un parallèle avec de Vinci et sa Joconde.

Le Prince Noir est donc de retour, mais malheureusement, sans son GSX-R 1100, sans sa combinaison grise et noire, sans casque, rien. Il ne reste rien, pas même une petite photo floue (quand il apparait avec une Suzuki 1100 GSX-R noire de 1989, contrairement à ce que la légende de la photo indique, il s’agit d’une moto prêtée)
P. étale pourtant sur son site une foultitude de clichés de lui-même assis sur des motos, il en a possédé 42 nous dit-il, ou 53, après tout on n’est plus à ça près, pourquoi pas 1100 motos tant qu’on y est, mais de la Suzuki, aucun souvenir. C’est ballot.
Les aléas de la vie ont fait qu’il a perdu énormément de choses en chemin, nous apprend-il. Ça tombe plutôt bien…
A propos de la Suzuki 1100 GSX-R des 11’04 mn, il se contredit pourtant : Par là, il dit que ce n’était pas la sienne, il dit ne plus l’avoir, et par ici il prétend l’avoir conservée.
► mise à jour : P. s’est souvenu qu’il n’avait pas de 1100 GSX-R et a effacé son commentaire sous la video de son « interview ».

Dans l’émission de 1989, le Prince Noir, n’est quasiment pas identifiable. Toutefois, il commente son tour de périphérique et force est de constater que ni sa voix, ni sa diction, ni son vocabulaire, ne laissent le moindre doute : Non, P. ne parle pas comme ça. Mais à ça P. dira que s’il est bien le pilote de la moto, c’est quelqu’un d’autre qui commentait à sa place. Et donc, celui-là est aussi aux abonnés absents.

le prince noir
Il n’y a pas non plus de témoin, de potes de l’époque ou autres, qui auraient pu affirmer qu’il est effectivement le Prince Noir, et faire taire ceux qu’il appelle ses « détracteurs ».
Du groupe de motards qu’on voit dans le reportage, personne ne s’est manifesté pour confirmer les dires de P.
Explication de P. : ils sont tous morts. 100% de sa bande de la Bastille a disparu des écrans radar. Rectifiés.
La statistique ne lui était vraiment pas favorable. Un petit tour à la Bastille vendredi prochain, ou au salon Moto Légende, ou à n’importe quel rassemblement motard, apporterait la preuve que beaucoup d’anciens arsouilleurs sont encore sur leurs roues. Mais P. les évite. Va savoir pourquoi…

P. aurait délibérément attendu plus de vingt ans pour faire son coming-out.
Il faut relativiser, et rappeler qu’on ne parle là que d’un grand excès de vitesse largement prescrit. Ni plus ni moins. Le retard à l’allumage de P. est en apparence obscur.
Mais ce délai est bien pratique pour justifier qu’il ne se trouve plus personne disposé à parler pour lui. Le temps a dilué les souvenirs et distendus les contacts entre les motards de l’époque, et l’intérêt est moindre pour cette affaire. Quelques motards ont depuis les faits prétendu être LE Prince Noir sans pour autant le faire sortir de l’anonymat. Dans ces conditions, pourquoi ne pas essayer à son tour ? Le temps était mis à profit pour chiader un teaser et un plan comm’ et suggérer le nom de P. pour que la rumeur puisse commencer à courir.

le prince noir
P. est un intermittent du moto-club. Il en a formé un qu’il menace de quitter à intervalles réguliers afin de mieux se faire prier. Une vraie diva… L’objet principal de ce moto-club est la promotion de son président. A parcourir le site qui lui est dédié, on n’apprend pas grand chose des membres, ni de leurs activités, mais on sait tout des faits et gestes de P.
Ce club n’est pas une structure associative, ce qui permet à P. d’entretenir la confusion entre le nombre de membres, et les invitations qu’il envoie frénétiquement sur sa page facebook. En réalité, ce « club » est une baudruche d’hélium.
Quand un espace d’expression est accordé à un membre, c’est pour y parler de son président et lui délivrer un gentil petit hommage.
L’invraisemblable revue de presse de son moto-club lui est entièrement consacrée : P. sa vie, son œuvre, ses motos, ses gueuletons, ses séjours en camping.
P. n’aime pas les autres clubs moto, il les trouve sectaires. En réalité, la plupart des clubs motos se forment autour de passions communes pour certains types de motos ou activités à mener ensemble, et dans l’idée d’entraide et de partage de compétences et de conseils. Les clubs moto ne sont pas basés sur le culte de leur président.
Là, c’est le contraire. Les membres sont un prétexte, les potes une caution de crédibilité, un faire-valoir pour un président de club qui peut s’afficher en tant que tel, pour pérorer en solo, ou pour faire l’homme-sandwich pour des marques de moto ou d’équipementiers, activité phare du club de P.

Et c’est aussi ici que le Prince Noir a toute sa place : il se pose avantageusement sur une carte de visite un peu vide, et la légende peut séduire là où P. échoue ou ne se distingue pas.

P. a aussi à redire contre les associations de motards et la FFMC. Elles ne lui ont peut-être pas déroulé un tapis rouge assez moelleux. P. prétend en long en large et en travers qu’il a été à l’origine de nombreux mouvements motards. Il ne figure pourtant sur aucun organigramme des fondateurs des grandes associations dont il parle. Au mieux, il présente sur son site une lettre à entête de la FFMC de confirmation de location de camionnette dont il a été un jour le pilote chauffeur. Passionnant…
A le lire, il semble aussi avoir inventé le concept de revendication et manifestation motarde. Il est fort probable qu’il ait aussi inventé la moto…

le prince noir
L’ineffable P. n’est pas qu’un prince noir, il se dit journaliste. Faut-il rappeler que journaliste est un métier et que pour prétendre l’être, il faut avoir une carte Pokemon carte de presse, laquelle est délivrée selon de strictes conditions. La rédaction occasionnelle de petits articles, corrigés et réécrits, sur des sites web ne font pas de P. un « journaliste ».
Il se dit aussi écrivain, romancier, et parle volontiers de sa plume, et du succès de ses romans et essais (on parle là des pdf et pages de son site mentionnés plus haut) Or, P. n’a pas plus de talent que d’aptitude à l’écriture. L’orthographe et la syntaxe sont en phase terminale. Il admet la collaboration d’un « correcteur » mais quand il est en free-style sur le web, c’est une catastrophe. Et il y est beaucoup sur le web, flinguant son CV survitaminé à mesure qu’il le remplit de fantaisies.
Il raconte par ailleurs qu’il a été une sorte de barbouze, d’agent secret, de garde du corps de hautes personnalités, et qu’il a eu des activités qu’il doit taire.

La pathologie prince noir fait partie intégrante d’une manière d’exister : C’est exceptionnel, important, dangereux, ultra confidentiel, c’est fait pour ne pas se savoir. C’est surtout fait pour être invérifiable.

le prince noir

Dans ce que dit et écrit P., faux Prince Noir tombé de la dernière pluie, il y a des caisses de petits détails, un à un sans importance, mais dont l’accumulation est éminemment révélatrice.
Par exemple, prétendre être né à Corte en Corse quand, comme son frère, il a vu le jour à Sarcelles. Clamer avoir en horreur de se mettre en avant, d’éviter les caméras et les projecteurs, et néanmoins participer à Tournez Manèges et à Les Z’amours. La cohérence ne le submerge pas… Se dire ceinture noire de karaté. Brandir une photo prise lors d’une manifestation et forcément, faire dire à cette photo que P. en était l’organisateur. Prétendre à propos d’une autre photo qu’elle fut une carte postale qui a fait le tour du monde. P. ne recule jamais devant aucun ►superlatif… Arborer sur son cut l’écusson d’une concentration mythique où il n’est pas allé (ça ne se fait pas). Faire de son anniversaire une sorte de fête nationale avec écusson commémoratif pour l’occasion, vidéo et bande-son.
Etc, etc, etc.

La démonstration pourrait être aussi longue, détaillée et fastidieuse que le sont les récits de P. au sujet de sa propre gloire et de sa vie imaginaire.
Revenons plutôt au Prince Noir avec rationalité et bon-sens.

Le 29 septembre 1989, La Cinq diffuse le reportage « La course interdite« .
Le 5 octobre 1989 Paris-Match publie un article intitulé « Le kamikaze du periph » illustré de photos du Prince Noir. C’est bien la même moto et le même cuir que porte le pilote de la Suzuki 1100 GSX-R sur le périphérique.
Pas même une semaine s’est écoulée entre les deux, bouclage de l’hebdo compris. Il faut comprendre que le shooting photo a forcément eu lieu avant la diffusion (peut-être même avant le tournage) de l’émission, et qu’il s’agit donc bel et bien du Prince Noir.
Pour le reste, et en plus de tout ce qui précède, les images parlent d’elles-mêmes.
On peut changer de morphologie, mais il est rare de voir avec l’âge, son dos, ses jambes et ses bras à ce point rétrécir. P. n’est définitivement pas le Prince Noir.

qui est le prince noir

P. a tout inventé. Avec force détails pour donner du corps à un passé de motard approximatif, et à cette légende volée.
Il est même probable qu’en 1989, il n’ait eu ni moto, ni permis moto.
Juste une furieuse envie d’être le Prince Noir qu’il avait vu à la télé.

le prince noir 1989

crédit photo : Alain Ernoult ©

Cette page n’existe que pour satisfaire les recherches concernant le Prince Noir et rétablir la vérité. L’identité de P. n’y est pas mentionnée et les requêtes Google sur son nom ne dirigeront personne par ici par respect pour ceux qui portent le même.

  commentaires  

Publicités

Interview du prince noir

(Interview parodique d’un prince noir)

– Bonjour monsieur, merci d’avoir accepté de répondre à nos questions.
– Salut.
– Alors comme ça, le prince noir, c’est vous ?
– Ouais.
– …
– C’est moi.
– …
– Je suis le prince noir.
– Qu’est-ce qui me le prouve ?
– Ben si je te l’dis ! La preuve c’est que j’te le dis. La preuve c’est que ceux à qui j’le dis me croivent. Voilà.
– Oui, mais…
– Trop délire quoi.

prince noir game over

commentaires

L’objet du délire

Reporters
Reporters • La Cinq • septembre 1989

En 1989, la diffusion d’un tour de périphérique hypnotique par le Prince Noir dans l’émission Reporters sur la chaine La Cinq, fascine et marque les esprits du public motard.

Dans les temps qui suivent, quelques petits princes incolores endossent sans mollir la réputation de l’inconnu, et se font passer pour lui.
L’audace est celle de l’imposture, et la seule prise de risque est de se faire démasquer, mais la mayonnaise ne prend pas. Le phénomène de la démultiplication des princes noirs se calme, laissant le discret Prince Noir à son anonymat et à la magie du mythe.

Il faudra attendre encore quelques années pour que soit finalement battu le record de la supercherie. Avec une malice tout juste suffisante pour berner la crédulité de quelques uns, et se fabriquer en plus d’un passé, un curriculum vitae de motard soi-disant sulfureux.
Celui-là est un champion du monde. Un mytho de compétition.
Il dit de lui-même qu’il a eu plusieurs vies, et il y a lieu de penser qu’il ne les maitrise pas toutes mais qu’il est assurément plus vieux que son grand-père.

Rien de plus banal qu’un mythomane. Les icônes de pacotille, ça court les rues… plus que le périphérique à 200km/h. Et il y a toujours chez ces frustrés forts en gueule quelque chose à la fois fascinant et abject.

Un décryptage de la fabrication d’un prince des mythos peut s’avérer un exercice amusant, mais celui-ci devra être le plus factuel possible parce qu’il s’agit de réhabiliter la légende du Prince Noir.

commentaires